Nortéado

norteadoNorteado 

(2009) Rigoberto Pérezcano. (1 h 34)  Mexique

Scénaristes : Edgar San Juan, Rigoberto Perezcano ; Directeur de la photographie : Alejandro Cantú ; Monteur : Miguel ; Avec :Harold Torres, Sonia Couoh, Alicia Laguna

Synopsis : Originaire de la province de Oaxaca au sud du Mexique, Andres, un jeune fermier rêve, comme nombre de ses compatriotes, de traverser la frontière qui le sépare de l’Eldorado américain.  Mais, à chaque fois, le désert, la soif et surtout les garde-frontières l’en empêchent. De retour à Tijuana après un premier échec, il entre au service d’Ela, qui tient une petite épicerie avec l’aide de Cata, son employée.

Le réalisateur
Né à Zaachila, dans l’état mexicain d’Oaxaca, Rigoberto Perezcano a commencé sa carrière comme documentariste, puis a exploré les frontières entre la narration et le documentaire… Avoir 15 ans à Zaachil (2002) a remporté de nombreux prix dans les festivals. Norteado(2009) est son premier long métrage de fiction

Critiques :

Dénué de la moindre fausse note, Norteado réjouit par son honnêteté et sa subtilité émotionnelle. Et même si le récit aborde une réalité brûlante d’actualité, il se veut avant tout galerie intime et touchante de portraits humains. Bien qu’éphémère et flirtant avec la badinerie amoureuse, l’amitié nouée entre les personnages semble incarner la seule et véritable terre d’accueil. Cela pourrait passer pour de la naïveté ; mais la justesse de l’interprétation nous fait penser tout le contraire.  (Critikat)

Voilà de nombreuses années que le cinéma mexicain est traversé en permanence par la problématique de l’exil massif et du déracinement. Le contraire serait incompréhensible au regard des centaines de milliers de candidats au passage clandestin aux Etats-Unis chaque année. Il y a ceux qui réussissent et ceux qui sont refoulés, errant, poussiéreux et affamés, dans les rues des villes frontalières en attendant de recommencer à la première occasion. Sans oublier les morts et les disparus, les moyens logistiques effarants de la police de l’immigration, les milices privées ouvertement racistes qui «protègent» la frontière ou le mur, construit sur des centaines de kilomètres par l’administration Bush, sans que tout cela ne parvienne à décourager qui que ce soit. Pour sa première fiction, Rigoberto Pérezcano s’est inspiré de son expérience de documentariste, signant un film mêlant adroitement les prises de vue de clandestins rivalisant de ruse et de courage pour passer de l’autre côté et la description intimiste d’un petit monde qui, à bien des égards, représente l’obsession humiliante de tout un pays.  (Libe)

Sur cette sinistre réalité, Norteado brode une fable drôle et aussi délicate que la musique de Debussy qui la berce, sans perdre pour autant de vue la monstrueuse ineptie de la situation….. Ce principe de répétition minimaliste qui gouverne le film ne fait pas seulement son charme. Il y introduit une belle réflexion sur le désir de liberté des hommes, qu’aucune frontière au monde ne saurait empêcher d’accomplir. Le remarquable final du film, ultime stratagème de passage dont on ne soufflera mot, mettra sur ce point tout le monde d’accord, avec une tristesse et une joie infinies.(  Le Monde)

Norteado, c’est un western contemporain où la police des frontières remplace les cow-boys, alors que les Latinos succèdent aux Indiens et que les tenanciers du saloon sont des femmes. Le conflit central du western y est inversé  : aujourd’hui, ce sont les “Indiens” qui émigrent et les “cowboys” qui entendent défendre leur territoire et chasser les nouveaux arrivants. La vision de la question de l’émigration y est subtile  : partir de chez soi, c’est à la fois un projet vital et un arrachement, semble dire Pérezcano. Norteado suggère aussi cette belle ou inconfortable idée  : parfois, on ne choisit pas sa vie, c’est elle qui vous dirige.( Inrock )

Comment est né et de quoi a été inspiré Norteado (2009) ?

Edgar San Juan m’a apporté le scénario sur lequel nous avons collaboré pendant presque 2 ans. Au cours de l’écriture de la dernière version j’ai demandé à ce que le personnage principal soit originaire d’Oaxaca au Mexique. Car j’y suis né et y ait grandi. Je pense que c’était important, car pour moi un réalisateur doit connaître, comprendre, être imprégné de la thématique de son film. Andres, le personnage principal devait être et se comporter comme quelqu’un d’Oaxaca, physiquement et psychologiquement.
La musique interprétée au piano a une très forte présence dans le film. Ce morceau de Debussy est l’un de mes favoris. Il permet de marquer le contraste entre quelque chose de beau et en même temps d’une grande tristesse.

Qu’est ce qui vous demandé le plus d’effort pour passer du documentaire à la fiction?

Dès que j’ai commencé mes études de cinéma, je sentais qu’un jour je me dirigerais vers la fiction. J’étais plus intéressé par le documentaire, mais maintenant je considére cela comme un outil pour se diriger vers la fiction. Norteado (2009) mélange les 2 genres et cela lui donne une personnalité unique. Mon documentaire le plus important est 15 à Zaachila, car c’est la ville où je suis né et où je me suis construit esthétiquement parlant.
Beaucoup de films ont déjà traité du sujet de la traversée de la frontière entre le Mexique et les États Unis, à la recherche d’une vie meilleure.

Qu’est ce qui fait de Norteado un film à part et si réussi sur le sujet?

Il y a une citation qui est : “Tous les sujets ont déjà été traités. La différence réside dans le fait de raconter la même histoire, mais différemment.” Le thème de l’émigration est non seulement un thème difficile mais déjà traité de nombreuses fois.Norteado (2009) le présente différemment , avec ironie et humour. On ressent le drame, mais on voit aussi ceux qui restent, qui ont été abandonnés. Il y a une citation que j’aime beaucoup : “Partir c’est mourir un peu”.

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