Le mot de la Présidente

LaurenceRapport moral de l’ ASSEMBLEE GENERALE – JUIN 2019

Comme à chaque assemblée générale, il est temps d’établir le rapport moral, c’est à dire faire le bilan de l’année passée et donner des perspectives à notre association.

Cette année, il me semble que c’est à travers notre rapport au temps que ce bilan peut être défini. En effet, on fait un peu partout le constat que le temps est devenu un bien précieux, tellement nous sommes en permanence connectés, sollicités en permanence par les technologies, au point que notre temps de cerveau disponible est devenu une source de convoitise des marchands en tout genre, dans une société consumériste et individualiste, où comme dans le film de SF TIME CODE de Mike Figgis, le temps dont nous disposons a une valeur inestimable. C’est pourquoi, je voudrais d’abord saluer le temps que toute l’équipe des bénévoles passe à s’occuper du ciné-club, que ce soit le temps des réunions: une chaque mois, certes clôturée par un bon apéro, mais tout de même très prenantes. Ensuite, le temps d’accompagnement des séances: les membres sont là tous les vendredis, présents aux entrées et aux caisses, avec une constance remarquable. Et je pense aussi aux présentateurs, qui outre le temps passé à préparer la présentation et le débat, restent, lorsqu’ils sont «sur le pont» au POLYGONE de 16H à 23H…

Lors des séances du ciné-club , on prend le temps de vivre le moment présent, de replacer une œuvre artistique dans son contexte , et non de la consommer à toute vitesse comme un produit, grâce aux présentations. Ensuite, on prend le temps d’en discuter pour ceux qui le veulent, de dire nos interprétations et nos émotions, pour que la projection soit prolongée par la parole et que la vision du film soit digérée et prenne toute sa place dans notre souvenir, qu’elle nous ait plu ou pas…Le temps présent est donc bien rempli de notre présence et non virtuel ou compté comme dans notre vie de plus en plus accélérée, et ce qui en fait la valeur. C’est pourquoi aussi, nous avons décidé de déplacer d’un quart d’heure nos séances du soir, qui passeront à 20H30, afin que ceux qui travaillent puissent venir aux séances sans être trop pressés. Mais , ce qui fait le sens d’un ciné-club, c’est aussi bien sûr qu’il nous permet de nous plonger dans le temps passé, à travers des œuvres du patrimoine dont la projection est la spécificité. Ainsi, nous voyageons dans notre mémoire avec les œuvres des cinéastes japonais, américains ou autres, et nous pouvons ainsi à la fois mesurer l’évolution des esthétiques et la modernité de certains classiques qui nous paraissent presque contemporains. Cela a été le cas pour le film de Naruse par exemple. Ces œuvres anciennes nous montrent que les préoccupations des hommes restent intemporelles, mais elles ont aussi beaucoup à nous apprendre sur notre vie actuelle. La folie hippie de HAIR interroge notre société sur ses valeurs, mais aussi un film comme celui de King Vidor nous montre que les utopies actuelles autour des SCOP ou des solutions à trouver à la crise économique ont leur origine dans notre histoire, que le cinéma nous permet de revivre comme nul autre art. C’est un revisitant notre passé que nous comprenons mieux notre présent, comme l’affirme magnifiquement Eric Caravacca dans CARRE 35. Et j’en profite ici pour rendre hommage à ces anciens qui nous ont accompagnés au CA, et dont le témoignage nous manque cruellement: Dalia et Armand. Enfin, bien sûr, nous souhaitons que notre association se tourne vers le futur. D’abord en s’ouvrant aux jeunes générations autant que possible, même si les pratiques sont différentes face aux films avec un accès multiple grâce aux technologies. Ainsi, nous avons œuvré pour que notre association soit accessible au PASSCULTURE, et nous avons eu 6 adhérents de ce dispositif, ainsi qu’une douzaine de lycéens cette année. Cette ouverture est indispensable, et suppose que nous accueillions ces nouveaux avec bienveillance, car la découverte d’un cinéma différent est la base de notre vocation d’éducation populaire, et nous allons continuer dans cette voie. Mais il s’agit aussi d’accueillir les cinéastes de demain, ceux qui pratiquent un cinéma plus indépendant comme Antoine Page et aussi des cinéastes femmes. Ainsi, plusieurs œuvres projetées cette année ont été réalisées par des réalisatrices: LES BIENHEUREUX, I ‘M NOT A WITCH , WESTERN. Il est important pour nous de ne pas négliger ce cinéma du futur, qui est passionnant à découvrir, et malgré le nombre croissant de films qui sortent chaque année en France, plus de 250, notre programmation se doit de garder cet esprit de découverte. Ainsi, entre présent intense, passé et futur, le ciné-club s’inscrit dans une temporalité unique, que plusieurs films que nous avons programmés relient avec talent, comme TRANSIT ou RAZZIA. Chaque réunion sur les programmations est un véritable “casse tête” pour maintenir la qualité de programmation à laquelle nous sommes vigilants et que vous semblez apprécier, puisque cette année, nous avons réalisé notre meilleur score en terme d’adhérents avec 408 cartes! Nous en sommes très contents car c’est le fruit de beaucoup de travail et d’investissement de toute l’équipe. Mais aussi parce que nous nous efforçons de maintenir une qualité qui corresponde à notre conception exigeante du 7eme art. Mais vous pourrez nous faire un retour lors des discussions tout à l’heure, pour que nous nous améliorions encore! Pour conclure, je voudrais invoquer Chabrol, qui disait qu’il vendait des films, pas de la drogue. Et dans son dernier très beau film, Almodovar filme cette scène superbe où son personnage de cinéaste souffle sur la poudre d’héroïne qui s’envole, lorsque un ancien amant vient réveiller chez lui l’inspiration en lui rappelant son passé amoureux. Avec ces cinéastes, et tous les autres que nous aimons, nous continuerons à programmer des films variés de tous les temps, afin d’illustrer la belle phrase de Gérard Lefort dans LIBERATION: « On ne va pas au cinéma pour se changer les idées, mais pour que les idées nous changent…”

Laurence Fulleda