Le mot de la Présidente

LaurenceDiscours prononcé lors de l’ ASSEMBLEE GENERALE du 18 JUIN 2016

Pour conclure cette année cinéphile, je voudrais vous citer une phrase d’un historien, d’ailleurs invité des prochains chapiteaux du livre, Patrick Boucheron, qui prononçait en décembre une leçon inaugurale au collège de France. S’interrogeant sur la nécessité d’enseigner l’histoire et les arts aujourd’hui il affirmait  « L’imagination est une forme d’hospitalité. »

Cette phrase m’a paru très belle et j’ai envie de la partager avec vous car elle me semble être une belle définition de notre conception du cinéma qui permet, comme aucun autre art, par son dispositif même et sa salle obscure, de développer cette imagination.

Ainsi, au fil des œuvres, croisons nous des situations et des êtres, certes de fiction le plus souvent ( mais les joueuses des Optimistes ne dépassent elles pas ce qu’on peut imaginer de la réalité ?…). Ces êtres, nous spectateurs les accueillons le temps d’une séance, le temps d’une rencontre voire d’une identification.

Parfois, cette hospitalité est facile et même valorisante : on croise avec aisance Mr Deeds ou les résistants franchouillards de LA VIE DE CHATEAU, une généreuse nounou brésilienne ou un jeune concierge mexicain. Parfois, ces hôtes ne sont pas si aisés à accueillir lorsqu’ils nous déconcertent comme la jeune Victoria ou le bébé tigre. Parfois ils nous choquent même, lorsque la forme esthétique du film ne nous ménage pas , comme cela a pu être le cas pour Tom le québécois ou le jeune chef d’entreprise new-yorkais aux prises avec différentes formes de violence.

Parfois encore, les mœurs, les cultures nous semblent à mille lieues de notre quotidien et l’autre, qu’il soit un paysan russe ou une femme au foyer algérienne nous paraît très éloigné et presque incompréhensible.

Pourtant, passer une heure trente ou deux heures avec eux, grâce aux cinéastes qui inventent ces situations imaginaires, c’est déjà un peu les comprendre, les accepter, comme le dit l’historien.

C’est pourquoi nous tenons, dans notre programmation, à proposer des œuvres variées au niveau géographique, historique, mais aussi esthétique. Le ciné-club remplit alors sa vocation d’éducation populaire qui a toujours été primordiale. Car si l’imaginaire facilite l’hospitalité, la phrase de Boucheron se vérifie aussi a contrario : sans imagination, pas de tolérance et pas d’empathie. C’est une des caractéristiques communes aux terroristes isolés ou en groupes et nul doute que la vision de films de qualité permettrait à chacun d’eux une autre vision du monde.

Cette hospitalité dans l’imaginaire, cet esprit d’ouverture à l’altérité on les retrouve également dans le prolongement de la projection que constituent nos débats. Car si nous accueillons, en regardant des films, des êtres différents, étranges ou étrangers, nous projetons également dans celui-ci une part de nous mêmes. Et l’on mesure combien «  chacun se fait son film » lors des discussions qui les prolongent. La discussion permet alors de confronter ces visions, de se décentrer et ainsi d’être plus ouverts à la diversité des perceptions : peut on croire à un avenir pour les prostituées marocaines avec le dernier plan sur la plage ? Du père et de la mère, qui est le plus responsable dans BOYHOOD ? Jusqu’où peut on aller dans l’illégalité et la perte de ses valeurs pour survivre en Bulgarie de nos jours ou en Italie dans les années 50? Autant de questions abordées dans les débats et qui permettent de mesurer la richesse des œuvres et des questions qu’elles soulèvent, les interprétations et les lectures variées qu’elles suscitent.

Mais à cette hospitalité très abstraite que permet l’imaginaire et qui guide nos choix cinématographiques, il faut en allier une autre beaucoup plus concrète :

Celle de nos partenaires :

  • et tout d’abord la MJC qui nous accueille toujours avec beaucoup d’amabilité et dont la vocation éducative rejoint celle de notre association.
  • Sortie Ouest ensuite qui nous permet de varier nos séances et de créer des événements en lien avec leur programmation.
  • MONCINE dont les salles permettent des conditions de projection de haute qualité, même si leur conception du cinéma diffère de la nôtre. Je vous rappelle à cette occasion que la mairie paye 6120 euros à cette salle pour nos projections.

Toutes ces structures permettent que la cinéphilie vive tout de même à Béziers, malgré l’absence cruelle de salle municipale.

Mais l’hospitalité, enfin, elle nous tient à cœur à chaque séance, lorsque les membres de l’équipe sont là pour accueillir les adhérents, vous mêmes, tous les week ends, pour vendre des cartes et discuter avec vous, présenter les films et faire des fiches afin de rendre la séance plus agréable ou accessible. Je voudrais tous les nommer ce soir : Annie PIQUEMAL bien sûr, Francis et Simone OCCHUIZZI, Guy et Paulette LACOMA, Jean François et Waclava GAUDONEIX, Gisèle CABROL, Monique Hafiz, Renée TERES, Mireille SERRES, Geneviève COLIN, Jacqueline PETIT, André BLASCO, Fabrice BEN ATTAR, Noelle MICARD, Line DETTMAR, Jeanine BATTISTI , Dominique BREDA et Linda PERLES.

Grâce à eux nous pouvons tous les week-ends défendre nos valeurs de culture, de tolérance et de convivialité auxquelles vous êtes de plus en plus nombreux à adhérer puisque nous avons atteint les 322 membres cette année pour 285 l’année dernière !

Vous êtes nos hôtes nous sommes les vôtres !

Merci à tous !

Laurence Fulleda