Le mot de la Présidente

LaurenceRapport moral de l’ ASSEMBLEE GENERALE du 8 JUIN 2018

Faire le bilan de l’activité d’une association, c’est du certaine manière, s’interroger sur sa place dans le paysage culturel de la ville et mesurer dans quelle mesure elle a atteint ses objectifs généraux et spécifiques.

 Le problème de la place des films dans le paysage cinématographique répond aux mêmes exigences et révèle des tendances fortes. Depuis le discours fameux de Pascale Ferran aux césars en 2007 sur les «  films du milieu », la situation des œuvres ne s’est pas vraiment arrangée.

La production des films devient de plus en plus difficile, surtout avec le retrait de Canal+ de pas mal de projets. Les distributeurs sont de plus en plus frileux et laissent les films difficiles trop peu longtemps à l’affiche pour qu’ils aient une réelle possibilité de trouver leur public.

C’est donc notre tâche première de donner à ces films une visibilité  dans un circuit non commercial, comme pour le film de Khadija al Salami « MOI NOJOON ». Mais c’est aussi le cas pour des films africains comme WALLAY ou géorgiens comme UNE FAMILLE HEUREUSE trop vite retirés de l’affiche. Le ciné-club est donc pour les cinéphiles, une seconde chance de découvrir ces films, loin du battage médiatique, et d’en apprécier la valeur esthétique et humaine.

Et si notre programmation a pu parfois rejoindre le succès (nous avions programmé PETIT PAYSAN avant qu’il ait les césars), nous nous efforçons toujours de maintenir assez de variété et d’originalité dans nos choix pour que les «films du milieu»  trouvent un public.

Mais en tant que ciné-club, nous devons aussi maintenir la mémoire cinéphile, dans une actualité culturelle toujours prompte à promouvoir le nouveau, l’événement. Ainsi, commencer et terminer la saison par des films classiques, ou organiser un week-end  John Ford permet de faire le lien entre le passé et la création contemporaine. En confrontant ces œuvres à travers le temps, nous assumons notre vocation d’EDUCATION POPULAIRE, qui passe par la redécouverte de ce qui nous a précédés et le lien avec ce que l’on peut voir aujourd’hui sur les écrans. Revoir TOUS EN SCÈNE, c’est ainsi mesurer son influence sur un film à succés récent comme LALALAND, revoir LA RONDE, c’est montrer combien Ophüls peut influencer des cinéastes comme Christophe Honoré ou Pierre Salvadori, et revoir des films de Ford c’est constater à quel point tous les cinéastes d’aujourd’hui s’en revendiquent, de Mike Nichols à Fahradi et bien d’autres encore ! Car c’est bien cela qu’on appelle LA CULTURE, non pas la consommation frénétique d’œuvres diverses, mais la capacité à les mettre en relation, les confronter, pour nourrir notre imaginaire et ouvrir notre regard sur le monde.

Dans cette perspective éducative, nos tarifs plus que modérés jouent un grand rôle, et nous essaierons d’affiner encore ceux-ci pour pouvoir toucher un public plus grand encore, ce que nos finances doivent nous permettre l’année prochaine.

De la même manière, nous avons essayé  de faire une place à des films plus difficiles, comme LE SOUFFLE ou LA CROISÉE DES VENTS, à des œuvres de genre comme MADEMOISELLE, afin que nos adhérents, vous mêmes, aient aussi le plaisir ( ou pas!) d’être bousculés dans leurs habitudes de spectateurs. Pour ces choix, notre adhésion à la FEDERATION DES CINE CLUBS, incluse dans les tarifs des cartes est un élément facilitateur important, car en mutualisant les films, en échangeant entre ciné-clubs, nous pouvons enrichir nos pratiques. NOJOON , par exemple a été découvert au ciné-club de Pézenas…

Pour toutes ces découvertes, la venue des invités divers est bien sûr une chance et un plus important. Nous nous sommes efforcés de bâtir des événements, mais nous souhaiterions en avoir plus encore, en décidant des professionnels à nous rejoindre. Pour ceux qui font la démarche de nous rencontrer et que nous arrivons à convaincre, le nombre de spectateurs à chaque séance, la qualité des débats est souvent un encouragement à se déplacer, cela fait aussi la valeur de notre association, et votre fidélité encourage toute l’équipe a continuer dans ce sens.

Il me semble donc que nous essayons, dans notre programmation, de bien tenir notre place de militants cinéphiles. Mais en l’occurrence, pour nous, le problème de la place était aussi matériel, car l’obligation dans laquelle nous avons été de changer nos horaires, a présenté une difficulté et des enjeux importants.

Nous avons ainsi constaté que les deux séances le vendredi avaient des avantages, notamment pour les présentateurs et le confort de l’équipe de l’après midi, mais aussi que certains spectateurs du samedi n’ont pas pu nous rejoindre cette année. Nous sommes ainsi passés de 404 à 368 adhérents. Une baisse certes modérée, qui peut s’expliquer aussi par le « carton » que nous avions fait avec la venue de Philippe Faucon et la projection de FATIMA l’année dernière.

 Nous déplorons bien sûr cet état de fait qui nous prive d’adhérents qui pourraient être encore plus nombreux, mais nous ne pouvons guère y remédier… Notre place actuelle, cinéphiles bénévoles dans un cinéma commercial, n’est pas toujours confortable et deux conceptions du cinéma cohabitent dans ce hall sans toujours se croiser…

Ce sera peut être le cas bientôt, puisque MONCINE va ouvrir une salle ART ET ESSAI dans le mois de juin. Il va donc falloir, à nouveau, redéfinir notre place dans ce cinéma : surveiller la programmation pour éviter les doublons, choisir dans un panel nécessairement plus réduit, jongler avec les diffusions en salle et à la télévision, ce qui n’est déjà pas évident aujourd’hui  avec toutes les propositions de films que l’on peut découvrir sur les chaînes et le câble. Il ne faudrait pas que , FAUTE D’AMOUR, nous disparaissions !!

 Nous envisageons déjà de rencontrer le responsable de MONCINE et le programmateur, afin de travailler ensemble, malgré nos différences de valeurs et de fonctionnement, afin de vous offrir des séances alléchantes et passionnantes, mais aussi inédites. Quoiqu’il en soit, ce qui fera toujours notre singularité et notre force, c’est la croyance dans les vertus du cinéma comme œuvre d’art , et surtout dans la vertu de la parole qui accompagne chacune de nos séances à travers les présentations et les débats. Ceci reste notre atout majeur, et la participation de plus en plus importante des spectateurs aux discussions nous prouve que nous avons raison de préserver cela, même si parfois des projections inopinées nous interrompent !!

Nouveau défi donc, nouvelle place à trouver dans le paysage culturel biterrois. Chaque année apporte son lot de nouveauté et d’expérience à toute l’équipe qui m’entoure. Pour autant, les bonnes volontés restent fiables, l’implication de chacun n’a pas failli, même si nous devons nous adapter en permanence. Je voudrai donc saluer ici cette équipe formidable où chacun a sa place ( du moins je l’espère) et même plusieurs : caisse, accueil, choix des films, présentation, organisation des réceptions, travail d’archivage et de secrétariat, communication et j’en passe… De ma place de présidente, je suis très fière pour l’énorme travail effectué par eux lors de cette saison,  que mes coéquipiers vont vous présenter.

Laurence Fulleda