Le film de la semaine

Vendredi 13 décembre 2019 à 16h30 et à 20h30

Si Beale Street pouvait parler

(If Beale Street could talk)

de Barry Jenkins –USA –2019 –1h59

Fiche technique:

Réalisation: Barry Jenkins.

Scénario: Barry Jenkins d’après l’œuvre de James Baldwin.

Production: Pastel,Plan B, Annapurna Pictures.

Distribution: Kiki Layne (Tish), Stephan James (Fonny), Regine King (Sharon Rivers), Colman Domingo (Joseph Rivers).

Synopsis:

Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s’aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Alors qu’ils s’apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d’une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l’aide de sa famille, Tish s’engage dans un combat acharné pour prouver l’innocence de Fonny et le faire libérer…

Le réalisateur:

Barry Jenkins est un jeune réalisateur afro-américain né en 1979 à Miami. Il a un parcours exceptionnel. Début 2017 il emportait l’Oscar du meilleur film avec Moonlight,son 2ème long métrage sous le nez de LaLaLand. Si Beale Street pouvait parler, son 3ème film, a été également multi-récompensé: Oscar du meilleur scénario adapté, de la musique, Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.

Barry Jenkins confirmait ainsi sa place de leader dans un cinéma noir américain en plein renouveau.Barry Jenkins a décidé de devenir cinéaste quand il était étudiant. Le déclic ? Les films étrangers qu’il a visionnés par dizaines à la bibliothèque de l’université. Trois réalisateurs l’ont particulièrement marqué : Godard, Wong Kar Wai et Claire Denis.« Je me suis rendu compte qu’il y avait d’autres manières d’envisager le cinéma que celle que nous dictait Hollywood. »

Les propos du réalisateur:

«Après l’Oscar, mon statut a changé. Je ne peux pas l’ignorer. Je suis aux avant-postes d’une nouvelle époque du cinéma noir américain. Je suis conscient que je ne choisis pas mes projets en fonction de mes seules envies, mais pour faire avancer les choses. Ça ne sera sans doute pas toujours le cas, mais pour l’heure, j’œuvre pour cette marche en avant (…) Pendant plusieurs décennies, il n’y avait que Spike Lee pour traiter de tous les aspects de l’expérience noire américaine. Aujourd’hui, les voix se multiplient et nous pouvons traiter de tous les sujets, dans tous les genres, selon différents points de vue. »

«A chaque étape de mon travail d’écriture j’ai cherché à rester scrupuleusement fidèle à la vision du monde de Baldwin… «C’est l’amour qui t’a menée jusqu’ici». Voilà ma citation préférée du sublime roman de Baldwin. … Je pense que l’amour peut nous protéger d’une certaine façon, nous éviter d’être détruits par l’injustice. Je ne sais pas si les sentiments suffisent, mais ils sont un bouclier. Je ne pense pas être optimiste, mais lorsque je crée pour mon travail, je veux croire que je le suis.»

La critique:

Tout ou presque s’y exprime en sourdine, y compris les coups les plus âpres, la passion la plus ardente et les échanges les plus malveillants…Il faut un peu de temps pour s’acclimater à la musique subtile de Barry Jenkins, qui ne contourne aucune des violences de ses tragédies sociales,mais a appris à y intégrer le déni et l’indifférence des sociétés qui les font advenir. (Le Monde)

Si Beale Street pouvait parler possède une douceur qui va à contre toute idée de rancœur ou d’âpreté. Mais le jeu ralenti et comme contraint des acteurs et l’enluminure de la mise en scène donnent plus dans le maniérisme que de poésie à ce tableau d’un bonheur confisqué. (Sud Ouest)

A une société raciste, y compris dans ses rouages judiciaires, le film oppose, la pureté d’un lien qui remonte à la petite enfance. Et la beauté des images, que tant de fictions ont, jusqu’ici, refusée aux héros de couleur, condamnés le plus souvent au réalisme triste, dénonciateur. Barry Jenkins offre, lui, aux amants de James Baldwin une esthétique digne du maître chinois Wong Kar-wai, par ses lumières et ses langueurs : de soyeux instants d’éternité, tels les jalons d’une légende que le couple, séparé par l’injustice, puis les déceptions d’un procès expédié, pourra se remémorer. (Olivier Guichard)

Le film tire sa force de la reconstitution très fidèle à l’esprit du roman et de l’époque. Il s’en dégage une ambiance douce, sans amertume, où violence et révolte restent feutrées, mais cela les rend d’autant plus prégnantes. Il pourrait y avoir de l’aigreur face à l’injustice. C’est justement son absence qui renforce la puissance du récit, laissant les sentiments des spectateurs prendre le relais. (Utopia)