Le film de la semaine

Vendredi 16/11/18  à 16h30 et à 20h15

Western

  de Valeska Grisebach  

                          Allemagne / Bulgarie  – 2016 – 2h

Fiche technique :

Réalisation et scénario : Valeska Grisebach. Image : Bernhard Keller. Décors : Beatrice Schultz. Costumes : Veronika Albert. Montage : Bettina Böhler. Producteurs : Jonas Dornbach, Maren Ade, Valeska Grisebach.  Interprétation : Meinhard Neumann     (Meinhard), Reinhard Wetrek ( Vincent), Syuleyman Alitov ( Adrien), Vyara Borisova (Vyuara).

Synopsis :

Un groupe d’ouvriers allemands prend ses quartiers sur un chantier pénible aux confins de la campagne bulgare. Ce séjour en terre étrangère réveille le goût de l’aventure chez ces hommes, alors que la proximité d’un village les confronte à la méfiance engendrée par les barrières linguistiques et les différences culturelles. Le village devient le théâtre de rivalités entre deux d’entre eux, alors qu’une épreuve de force s’engage pour gagner la faveur et la reconnaissance des habitants.

La réalisatrice :

Valeska Grisebach est une réalisatrice, scénariste et monteuse allemande. Elle est née à Brême (1968), a grandi à Berlin où elle a suivi des études de philosophie. En 1993 elle débute au Film Academy Vienna en tant que réalisatrice sous la direction de Peter Patzak, Wolfgang Glück et Michael Haneke. Son film de fin d’études Mein Stern ( Be my star) a reçu en 2002 le Prix de la critique internationale au festival de Toronto et le Grand Prix du jury au festival de Turin. Elle bénéficie d’une forte reconnaissance dès son 2ème long métrage Sehnsucht ( Désir(s) ) qui a été présenté en avant-première en 2006 à la Berlinale et recevra plusieurs prix internationaux. Western est son 3ème film. Sélectionné à Cannes dans la section « Un certain regard », il obtient par la suite le Prix du film allemand pour le meilleur film, la mise en scène et l’interprétation masculine.

Propos de la réalisatrice :

« Les westerns me fascinent depuis toujours. Les héros masculins m’intéressent, ce que ces hommes transportent, le poids que la société leur fait porter. Ce sont des rôles beaucoup plus séduisants que les rôles féminins, qui attendent le retour du héros, adossées dans l’encadrement d’une porte. Il y a donc un sentiment doux-amer, nostalgique, d’être en tant que spectatrice, dans le film, mais en même temps d’être exclue en tant que femme de ce genre très masculin. Le genre m’intéresse parce qu’il est conservateur et masculin, et dans mon film il est question de virilité. Comme des réalisateurs se sont emparés de la féminité, je fais le travail depuis une autre perspective, féminine. «

 « Un des points de départ est que je voulais aussi faire depuis longtemps quelque chose sur le racisme latent, la peur de l’étranger qui ne s’exprime pas directement. Mais je ne savais pas comment faire cela en Allemagne, sans tomber tout de suite dans le film de genre néonazi. J’ai alors envoyé cette troupe d’ouvriers allemands sur un chantier, là où ils sont étrangers, dans un espace qui réveille leur envie d’aventure, leur imagination, leurs préjugés et leurs peurs. Je trouvais intéressant, que si l’on regarde l’histoire de la construction de l’Europe, chaque pays a ses a priori, son sous-texte, sa légende,    et que l’Allemagne  a un statut on ne peut plus particulier. Je connais cela moi-même, ce que ces a priori signifient, lorsqu’on arrive quelque part en tant qu’Allemand ».

La critique :

Valeska Grisebach emprunte à la mythologie américaine par excellence, non pas pour la transposer, ni même pour la parodier (comme naguère le « western spaghetti), mais pour observer la persistance de ses grands motifs dans un tout autre contexte, celui de l’Europe d’aujourd’hui. Car de quoi nous parle le western, sinon des rapports toujours reconduits entre l’homme et les grands espaces, la loi et le territoire, l’étranger et l’autochtone, l’individu et la communauté, la nature et la civilisation ? Toutes choses qui en définitive, n’ont jamais vraiment cessé de nous concerner. (Mathieu Macheret. Le Monde)

Le talent de Grisebach consiste à filmer contre tous les archétypes du western et l’affrontement qu’ils semblent programmer : la cinéaste prend le temps de regarder vivre les deux communautés qu’elle observe, laisse respirer les personnages et les situations, fait ressentir la présence charnelle des corps (et leur violence potentielle), installant un climat de tension latente plutôt qu’une ligne de conflit claire et nette. (Les Inrocks)

C’est l’une des leçons de ce film calme, qui prend le temps nécessaire pour s’imprégner des lieux, des atmosphères et qui, sans brusquer son propos, nous dit que l’Union Européenne – l’union des Européens- sera bien longue à advenir, si jamais elle advient un jour. Que c’est un chemin long et incertain, qui nécessite non pas un examen de conscience, mais d’affronter sa propre identité. (Cahiers du Cinéma. Nov. 2017)