Les Invisibles

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Un film de Sébastien Lifshitz (1h55) France  2012Scope – Dolby

Avec :YANN ET PIERRE – BERNARD ET JACQUES – PIERROT – THERESE – CHRISTIAN – CATHERINE ET ELISABETH – MONIQUE – JACQUES

Sébastien Lifshitz :

Suite à des études en histoire de l’art, Sébastien Lifshitz travaille dès 1990 dans le milieu de l’art contemporain que ce soit comme assistant auprès du curator Bernard Blistène au Centre Georges Pompidou ou de la photographe plasticienne Suzanne Lafont. En 1994, il se tourne vers le cinéma et réalise son premier court-métrage, « Il faut que je l’aime. » Suivront en 1995, un documentaire sur la réalisatrice Claire Denis, et en 1998, le moyen-métrage, « Les Corps Ouverts ». Salué dans de nombreux festivals internationaux dont Cannes et Clermont-Ferrand,« Les Corps Ouverts » obtient le prix Jean Vigo et le prix Kodak du meilleur court-métrage. En 1999, il réalise pour Arte un téléfilm, « Les Terres Froides » pour la série Gauche-Droite, sélectionné à la Mostra Internationale de Venise. En 2000, il réalise son premier long-métrage, « Presque Rien ». En 2001, il réalise « La Traversée », roadmovie documentaire sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs. Puis en 2004, il se lance dans la réalisation de « Wild Side ». Le film sera sélectionné dans de nombreux festivals internationaux, et remportera, entre autres récompenses, le Teddy Award au Festival de Berlin. En 2008, il entreprend le tournage de « Plein Sud », qui sera présenté au festival de Berlin en 2010. Autres films : 1995 « Claire DENIS, La Vagabonde »(documentaire),2006 « Les Témoins »(documentaire), « Bambi » (documentaire), 2013

Le thème :

Des hommes et des femmes, nés dans l’entre-deux-guerres. Ils n’ont aucun point commun sinon d’être homosexuels et d’avoir choisi de le vivre au grand jour, à une époque où la société les rejetait. Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l’amour. Aujourd’hui, ils racontent ce que fut cette vie insoumise, partagée entre la volonté de rester des gens comme les autres et l’obligation de s’inventer une liberté pour s’épanouir. Ils n’ont eu peur de rien.

Critiques :

A l’heure où le mariage gay fait débat, ce documentaire vient rappeler par l’intermédiaire de témoignages bouleversants le calvaire vécu par les homosexuels durant les années d’après-guerre, à une époque où le silence était de rigueur. Virgile Dumez (A voir à lire)

Si vous êtes hétéro, ne vous laissez pas rebuter par le sujet à priori “de niche”. Les Invisibles s’avère un documentaire réjouissant grâce à ses irrésistibles protagonistes, et universel dans sa description d’individus passionnés par la vie.  Denis Brusseaux (See)

Filmés dans leur quotidien, ils témoignent avec une liberté, une truculence et une violence inversement proportionnelles à la chape de silence et de gêne qui entoura leur jeunesse. Une émouvante galerie de portraits d’hommes et de femmes qui n’eurent peur de rien ou presque et qui accèdent enfin à la lumière.
 Marie-Elisabeth Rouchy 
 (Nouvel Obs)

Ces entretiens avec une dizaine d’homosexuels de plus de 70 ans, en couple ou non, sont cadrés et montés de manière à ménager une rencontre avec chacun, sans avoir l’impression qu’un témoignage chasse l’autre. Charlotte Garson (Les Cahiers du cinéma)

Sébastien Lifshitz explose la narration, fait de l’ensemble de ses protagonistes un champ de vecteurs isolés tendant vers la même direction. A chacun son parcours, son milieu social, le réalisateur filmant bergers ou héritiers de bonnes familles, petits fonctionnaires, ruraux ou urbains. Mais, pour tous, une identité partagée, un souvenir commun à la forme mutante : la découverte des plaisirs, secrète, se fait alors à l’internat, dans un recoin boisé, au collège. Ou plus tard, comme cette splendide septuagénaire qui décrit ce jour où son existence a basculé avec «le mouvement de main» d’une amie. Avec, toujours, la même incapacité à en parler, et ce pour une raison linguistique évidente : les mots manquaient alors, «gay» ou «coming out» n’avaient pas encore fait leur apparition comme signifiants sexuels. (Libé)

L’interview

Quels ont été vos partis pris de mise en scène des interviews ? Comment avez-vous choisi les lieux ?  
Je voulais filmer les gens chez eux pour laisser parler les lieux et les objets autour. La nature a joué aussi un grand rôle, elle incarne une forme de plénitude dans le film. La beauté des paysages et des intérieurs va à l’encontre de ce que l’on peut penser des homosexuels à la campagne, qu’on pourrait imaginer seuls, cachés et dépressifs. J’ai découvert que l’homosexualité dans le monde rural était au contraire très présente. Les gens ne s’affichent pas, c’est tout. En écoutant toutes ces personnes, je me suis dit à quel point chaque vie est un roman, et j’ai essayé de traduire ce romanesque en utilisant par exemple le format scope ou de la musique de film. J’ai employé délibérément les moyens du cinéma de fiction à l’intérieur d’un projet documentaire pour affirmer un point de vue et rendre le film le plus expressif possible. La picturalité des images nous éloigne ainsi du côté reportage et nous ramène, je l’espère, du côté du cinéma.

Comment est venue l’idée du film ?

J’adore aller dans les brocantes, fouiller dans des cartons tout pourris… Un jour, je suis tombé sur un album des années 1950, rempli de photos de deux vieilles dames, de style plutôt bourgeois. Je me suis demandé : s’agit-il de deux soeurs, de deux amies ou de deux amantes ? Le brocanteur avait encore dix albums, que des Kodachromes. Je les ai tous pris… Chez moi, je me suis plongé dans ces photos, et il m’est apparu évident que ces deux femmes formaient un couple. Elles s’étaient fait photographier par un professionnel, elles avaient donc accepté d’afficher leur amour. J’avais un témoignage de visibilité, de bonheur, alors que l’histoire officielle nous a souvent parlé de destins tragiques. Alors, l’histoire de l’homosexualité est-elle si noire ? J’ai émis une hypothèse : est-ce que, dans la majorité des cas, ces hommes et ces femmes n’ont pas réussi à aménager quelque chose dans leur vie, à négocier avec eux-mêmes pour arriver à vivre plus ou moins bien leur homosexualité ?

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