La petite Venise

la petite veniseLa petite Venise

Titre original : Io sono Li
Réalisation : Andrea Segre – Scénario : Andrea Segre, Marco Pettenello
Acteurs principaux : Zhao Tao, Rade Serbedzija, Marco Paolini, Giuseppe Battiston, Roberto Citran.

Synopsis :

Shun Li, immigrante illégale chinoise, travaille dans un laboratoire textile de la banlieue romaine pour obtenir ses papiers et réussir à faire venir son fils de huit ans en Italie. Soudain, elle est transférée à Chioggia, petite ville insulaire de la lagune vénète, pour travailler comme barmaid dans une taverne. Bepi, pêcheur d’origine slave surnommé le Poète par ses amis (en raison de sa facilité à composer des vers en un instant), fréquente cette petite taverne depuis des années. Leur rencontre est une évasion poétique de la solitude, un dialogue muet entre des cultures différentes, mais qui ne sont plus lointaines. C’est un voyage au cœur d’une lagune, qui sait être la mère et le berceau d’identités jamais immobiles. Cependant, l’amitié entre Shun Li et Bepi trouble les deux communautés, chinoise et chioggiotte, qui entravent ce nouveau voyage, dont elles ont peut-être simplement trop peur.

Andrea Segre est né en 1976 à Dolo, en Vénétie. Outre son activité de cinéaste, Andrea Segre donne des cours en sociologie de la communication à l’Université de Bologne, en analyse ethnographique de la production audiovisuelle ainsi que sur les pratiques et des théories de la communication sociale, notamment dans le cadre de la solidarité internationale. Il a soutenu en 2005 un doctorat en sociologie sur les processus de communication de la politique interculturelle dans la sphère publique.

Critiques :
“La Petite Venise” raconte une histoire d’amitié, simple et dénuée de toute arrière-pensée (le sexe pour lui, l’argent pour elle) qui n’ignore rien de la bêtise des uns et de la violence de l’exploitation par les autres, mais choisit de ne pas céder. (Charlie Hebdo. )

Nourri de détails justes (…), le film oscille joliment entre réalisme et onirisme. Malgré certaines longueurs et quelques trous dans le scénario sur la fin, il y a, dans “La Petite Venise”, une qualité de regard pleine de grâce. (Première.)

Le réalisateur retrouve, en fait, la grande tradition du conte à l’italienne de jadis, le cinéma à la Vittorio De Sica, où le réalisme côtoyait la poésie, où les ” gentils ” étaient de doux rêveurs face à des ” méchants ” nostalgiques de leur pureté perdue… Chez Andrea Segre, les bons sentiments deviennent beaux, comme par miracle. (Télérama.)

Shun Li et Bepi sont deux victimes. Elle est une Chinoise immigrée en Italie ; lui, un Yougoslave arrivé là après la chute de Tito. […] Collusion des cultures, affaissement des frontières, perte identitaire : pour son premier long métrage, Andrea Segre a tenté une esquisse à hauteur d’intime de la mondialisation en cours. (Les Inrockuptibles)

ENTRETIEN AVEC ANDREA SEGRE  

À L’ORIGINE.Le point de départ de ce film est un visage, celui d’une jeune femme qui pourrait être Shun Li. C’était dans une « osteria » vénitienne, le genre d’endroit fréquenté par les pêcheurs du coin depuis des générations. Le souvenir de ce visage, tellement incongru et étranger à ces lieux patinés par les années, ne m’a plus quitté. En observant cette jeune femme, son passé, son histoire, le chemin qu’elle avait emprunté jusque-là… tout devenait source de fiction.Quel genre de relations aurait-elle pu nouer dans une région comme la mienne, si peu habituée aux changements ?

IDENTITÉ CULTURELLE. L’idée de ce film naît également de deux exigences, d’une part, celle de parler de la relation entre l’individu et l’identité culturelle, d’autre part, l’envie de raconter deux lieux et deux mondes emblématiques de l’Italie actuelle que sont les banlieues multiethniques romaines et vénitiennes.

MULTICULTURALISME. Je pense que les banlieues romaines représentent aujourd’hui l’un des laboratoires européens les plus intenses du dialogue interculturel, et ce d’une manière très différente des autres capitales européennes. Cela est dû essentiellement à deux facteurs : l’Italie est devenue un pays d’immigration sans avoir résolu son grave problème de pauvreté, et c’est un pays qui n’a pas un passé colonial comparable à celui d’autres nations européennes à forte immigration. Dans de nombreuses régions pauvres d’Italie, et dans les banlieues de Rome en particulier, se sont créés une multiculturalité très variée et un dialogue, certes pas simple, mais intense entre les différentes cultures étrangères et les Italiens d’origine. Cette situation crée des espaces cachés, mais non conflictuels, d’illégalité ou de para-légalité au coeur même de quartiers populaires tels que Pigneto et Torpignattara. Les ateliers textiles ou artisanaux organisés par la communauté chinoise en sont des exemples types. Dans le même temps, la Vénétie constitue un territoire très intéressant pour étudier, comprendre et raconter la difficulté de dialogue entre des identités en crise. L’identité vénitienne a été en effet radicalement bouleversée dans ces 3040 dernières années par un développement économique exceptionnel qui a ébranlé les habitudes, rythmes de vie, espaces sociaux et équilibres communautaires.

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