L’étrangère

l'étrangèreL’ETRANGERE (Die fremde)

(2011)  Allemagne De Feo Aladag. (1 h 59.)

Fiche technique: 
Scénario : Feo Aladag avec Sibel Kekilli, Settar Tanriôgen,Derya Alabora, Florian Lukas, Tamer Yigit, Serhad Can, Almila Bagriacik

Synopsis:

Lasse de subir les violences de Kemal, l’homme à qui elle a été unie par un mariage arrangé, Umay décide de prendre la fuite. Elle quitte la Turquie pour l’Allemagne, emmenant avec elle Cem, son fils de quatre ans. Elle retourne chez ses parents, qu’elle n’a pas vus depuis longtemps, et est d’abord accueillie chaleureusement. Mais dès qu’elle annonce qu’elle n’a pas l’intention de retourner auprès de son mari, les choses changent.. Née en 1972 à Vienne, Feo Aladag Actrice d’origine autrichienne,a signé plusieurs vidéo clips et spots publicitaires, notamment d’Amnesty international  dans le cadre de la campagne “Halte à la violence contre les femmes” . Titulaire d’un doctorat en philosophie, elle a aussi fait des études de psychologie et de journalisme , En 2004, elle a fondé sa société de production pour tourner l’étrangère .

Critiques

L’Étrangère n’est pas une attaque en règle de l’islam ou le portrait d’une famille d’immigrés turcs. C’est un film qui s’interroge sur les relations humaines, sur les choix qui peuvent briser des familles et sur le besoin d’être aimé pour ce que l’on est, et pas pour le mode de vie qu’on choisit. …. Grâce à un sens pointu des détails, chaque personnage reste complexe et attachant. Aladag nous offre, avec justesse et finesse, une histoire inoubliable, qui résonne longtemps en nous. (Les fiches du cinéma  )

Sibel Kekilli (déjà remarquée dans Head-on, de Fatih Akin) porte le film. Seule contre tous, elle compose un étonnant personnage féminin, fille reniée, femme libre, mère sacrificielle. Dans un Berlin menaçant, souvent filmé de nuit, elle se bat jusqu’au bout contre son destin de paria. Déchirée entre la volonté de s’émanciper et le besoin d’être aimée, elle enrage et encaisse. La mise en scène est sèche, les dialogues sont durs : « La main qui frappe est aussi celle qui apaise », dit le père à sa fille battue. Dans ce mélo, nulle sensiblerie, nul manichéisme. La famille d’Umay est bien intégrée, les parents sont aimants et la fratrie (l’aîné excepté) cherche d’abord à protéger sa soeur. Tous sont pourtant les jouets d’une force qui les dépasse : le code de l’honneur et les lois de la communauté. La cinéaste parvient à incarner le dilemme moral qui dévore de l’intérieur ces bourreaux-victimes. Le père vieillit de dix ans sous nos yeux, la mère s’abîme dans un silence lugubre… En les humanisant, la cinéaste dépasse le particularisme pour atteindre l’universel.  Mathilde Blottière (Télérama)

Évitant tout didactisme, scrutant au plus près l’engrenage de la violence, Feo Aladag cerne ses personnages dans une mise en scène lumineuse où chacun trouve sa dimension et ses raisons d’agir, même dans le dévoiement destructeur. (J.A.G. les cahiers)

L’interview :

Ça veut dire quoi « Die fremde » en allemand ?

C’est un terme compliqué, un mot chargé de plusieurs sens. Si on voyage et qu’on découvre une terre étrangère, on atteint le Fremde, le pays étranger. C’est aussi l’étrangère, comme dans le titre VF. Mais c’est aussi un état psychologique. On est fremde quand on se sent différent, invisible, déprécié. A un certain point du film, c’est exactement ce que ressent Umay, qui ne se sent plus à sa place nulle part.L’étrangère ne rend pas compte de tous les sens du titre original, mais c’était le plus satisfaisant.

Je demande ça parce que le titre VO est When we leave…

Qui ne rend pas compte de la polysémie du titre original non plus ! Mais je préfère le titre français. Il est plus court.

Pourtant, dans le titre anglais, il y a ce pluriel…

Qui se rapporte à Umay et son fils, ou Umay et sa famille ou au problème de l’immigration voire même à la société qui réussit à dépasser sa peur de l’étranger, des étrangers. C’est amusant que tu me parles du titre, parce que ça a été compliqué de choisir pour le titre anglais. On a fait une liste avec plein de phrases ou de mots qui nous venaient à l’esprit et c’est finalement When we leave qui correspondait le mieux à tous les niveaux de lecture du film. Ca allait bien avec ces longs plans-séquences d’Umay qui marche dans des couloirs, ou dans la rue ; c’était cohérent avec la symbolique visuelle du film… Je suis une perfectionniste, donc j’ai quand même un peu râlé (rires).

Je voudrais pas avoir l’air d’insister, mais L’étrangère, ça insiste sur Umay, alors que…

… le film ne se focalise pas que sur elle ! Exactement. C’est un film sur la famille, sur la société. En plus, il y avait d’autres films français qui avaient pour titre l’Etrangère. C’était un sujet compliqué. Encore une fois, le titre ne prend en compte qu’une partie du sujet du film. Mon approche principale consistait à parler de la dynamique familiale. Mais d’un point de vue dramaturgique, j’avais besoin d’un personnage très fort, qui me conduirait à travers ces forces psychologiques, sociologiques, familiales… Ayant été moi-même une actrice pendant des années, j’avais aussi envie d’écrire un beau rôle féminin. J’avais envie de lui donner du cœur et de la densité. Umay nous conduit à travers l’histoire, mais c’est vraiment un film sur la famille. Si j’avais écrit un film sur elle, j’aurai dû opter pour une mise en scène plus proche d’elle, avec une caméra à l’épaule, par exemple. Et L’Etrangère aurait été différent.

C’est la raison pour laquelle vous commencez par la fin ?

Exactement ! En ouvrant le film par la fin, la question qui s’impose au spectateur n’est plus « qu’est-ce qui va se passer ? » mais plutôt « comment on en est arrivé là ? ». C’est le comment qui m’intéresse. Les dynamiques à l’intérieur de la famille, les conflits psychologiques qui minent cette famille et qui ne sont finalement qu’un miroir, une métaphore des problèmes qui rongent les sociétés multiculturelles. Le macrocosme plutôt que le « comment ? ».

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